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Une image commune à partir de nombreux capteurs

Le traitement du signal pour les cibles qu'un grand radar unique détecte le plus mal

01 Le problème

Un grand radar unique est un capteur puissant et une faiblesse évidente

Pendant des décennies, la surveillance aérienne reposait sur un radar vaste et coûteux : plus on voulait voir loin, plus le capteur était grand et central. Ce modèle est bousculé par des drones bon marché, petits et volant à basse altitude. Ils ne renvoient presque aucun signal, ils se déplacent lentement et ils arrivent en nombre, précisément les cibles qu’un grand radar unique traite le plus mal. Et un grand radar unique est facile à repérer, à brouiller ou à détruire. Lorsqu’il tombe, tout ce qui en dépend devient aveugle d’un coup.

L’alternative consiste à cesser de penser en termes d’un seul capteur pour penser en termes de plusieurs. Au lieu d’un œil puissant, un maillage de capteurs modestes (dispersés, en réseau, chacun apportant un fragment) réunis en une seule image commune. Ce basculement, d’une perception centralisée vers une perception distribuée, change le problème de traitement du signal, et c’est là que se situe notre recherche.

02 Pourquoi cela compte

L’équation économique de la défense s’est inversée

Les conflits récents ont révélé une asymétrie brutale : la menace coûte désormais bien moins cher que l’intercepteur qu’on lui oppose, et elle arrive en nombre. Aucun budget ne gagne longtemps cet échange. La réponse stratégique n’est pas un capteur plus grand, mais un réseau de capteurs moins coûteux et plus résilient, et l’économie favorise celui qui sait transformer le plus vite de nombreux signaux bon marché en décisions. Pour l’Europe, c’est aussi une question de souveraineté : bâtir cette capacité chez soi, sur des composants qu’elle peut se procurer, sous son propre contrôle.

2,1 M$
le prix unitaire d’un SM-2, dont l’US Navy a tiré 120 exemplaires contre les attaques de drones et de missiles houthis en mer Rouge depuis novembre 2023. Source : RAND, commentaire de J. Black (2025)
< 5 M$
pour déployer un réseau d’environ 9 500 capteurs acoustiques, téléphones portables et micros montés sur des mâts, qui alimentent une même image aérienne commune. Source : TWZ, briefing du général Hecker (2024)
4,9 36 Md$
croissance du marché de la lutte anti-drones, de 2025 à 2035. Source : analyses de marché (2025)
381 Md€
estimation des dépenses de défense des 27 États membres de l’Union européenne pour 2025, en prix constants 2024. Source : Agence européenne de défense, Defence Data 2024-2025

Résilience

Un réseau distribué n’a pas de point de défaillance unique. Perdre un nœud dégrade légèrement l’image. Perdre un grand radar, c’est tout perdre. La capacité de survie tient à l’architecture elle-même, pas à des ajouts.

Coût maîtrisé

De nombreux capteurs bon marché peuvent couvrir un terrain qu’un système d’exception ne pourrait se permettre. C’est le coût par unité de couverture qui décide si une défense peut, tout simplement, être tenue.

Souveraineté

Une défense décentralisée ne vaut que si elle reste sous contrôle national : construite en Europe, sur des composants que l'on peut sourcer, sans dépendre d'un fournisseur extérieur.

03 Pourquoi cela est difficile

De nombreux yeux bon marché ne servent que s’ils s’accordent

Un réseau radar distribué échange un problème difficile contre un autre. Chaque capteur pris isolément est plus faible et plus bruité, les cibles sont les plus dures à voir, et l’objectif même, une image cohérente unique, n’émerge que si des observations éparses et imparfaites peuvent être fusionnées correctement, rapidement, et souvent sans liaison fiable entre les nœuds.

Des cibles qui ne renvoient presque rien

Petits, lents et volant bas, ces drones ne renvoient presque aucun signal et se dissimulent dans le fouillis de sol. Les extraire du bruit est à la limite de ce qu’un capteur bon marché isolé peut faire.

Fusionner des capteurs qui se contredisent

Des nœuds différents voient le même objet différemment, à des instants différents, avec des erreurs différentes. Fusionner ces vues en une piste unique et fiable, sans inventer de fantômes ni perdre de vraies cibles, est la difficulté centrale.

Un spectre contesté et brouillé

Lors d’un engagement réel, l’environnement électromagnétique est activement dégradé. Le traitement doit continuer de fonctionner quand les signaux sont brouillés, leurrés ou saturés, et pas seulement dans des conditions idéales.

Des communications peu fiables

Les nœuds peuvent ne pas pouvoir communiquer en permanence. Le réseau doit construire une image utile même quand les liaisons entre capteurs sont intermittentes ou coupées.

Des décisions en temps réel

Une piste qui arrive trop tard ne vaut rien. Tout cela doit se faire assez vite pour qu’on puisse agir, sur un matériel assez petit et assez bon marché pour être déployé en nombre.

Sur du matériel que l’on peut se procurer

Le faire en périphérie, sur des composants que l’on peut se procurer sous contrôle souverain, exclut la solution de facilité qui consisterait à jeter une puissance de calcul illimitée sur le problème dans un centre de données.